ou comment faire d'une pierre deux coups
[Déchet : n.m. Partie d’une matière rejetée comme inutilisable ou inconsommable.
"... la quantité perdue dans l'usage d'un produit, ce qui reste après l'utilisation..." (Wikipedia)
]

La notion de déchet, si l’on y réfléchi, est tout à fait relative. En effet, est-il raisonnable de dire que l’éco-système naturel de la planète produit des déchets ? Non, bien sûr ! Depuis le temps que notre belle planète existe, et plus précisemment que la vie s’y est développée, la quantité de déchets serait telle que ce serait devenu invivable depuis belle lurette. Et si  ces déchets sont partis ailleurs, où auraient-ils bien pu aller ? Force est donc de constater que les «déchets» ont donc été recyclés, réutilisés et consommés à d’autres fins. Ce ne sont donc pas des déchets.

La terre fonctionne en circuit fermé. Du moins en ce qui concerne la matière, car elle reçoit cependant de l’énergie venue du cosmos. Bien sûr, on pourra m’objecter que de la matière est bel et bien arrivée sur terre par la chute de divers corps célestes. Une théorie propose d’ailleurs l’idée que nous sommes des «poussières d’étoiles», et que la vie est apparue grâce à certains composants présents dans les météorites qui se sont écrasés sur la croûte terrestre. Il faut pourtant bien admettre que ces pluies de météorites, bien qu’elles aient pu être abondantes dans le lointain passé de notre monde, nous apportent aujourd’hui une quantité négligeable de matière.

Tout être vivant, de l’amibe à la baleine, en passant par les arbres et les êtres humains, produit des résidus qui sont finalement réutilisés par d’autres êtres. Je ne parle plus de déchet dans la mesure où il faut bien reconnaître l’existence de processus naturels de recyclage qui nous évitent d’être ensevelis sous des montagnes nauséabondes. J’en suis infiniment reconnaissant à notre Mère Nature.

Il existe cependant une étrange espèce qui, en vertu d’étonnantes capacités cognitives, a décidé de s’affranchir de ces «lois» de la nature et persiste à produire une grande quantité de déchets. Vous l’aurez compris, cette espèce est l’homo sapiens. Pourtant, l’un de ces homo sapiens, un certain Lavoisier si je ne me trompe, avait compris puis formulé cette règle fondamentale de la nature : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »  Mais, non contents de produire des déchets difficilement recyclabes par les forces naturelles, les humains s’évertuent à rendre inutilisables des résidus qui pourraient être très utiles, et à détruire les bénéfiques processus naturels de recyclage. Nous avons conscience des problèmes que cela provoque, mais nous n’arrivons pas à faire le rapport entre la suppression de nos forêts et l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère, ou encore l’empoisonnement des sols et la difficulté de produire des aliments sains.  Où donc est passée cette «sagesse» dont nous sommes si fiers ?

Mais revenons à notre quotidien à tous, peu glorieux, certes, mais si banal et si naturel que chacun d’entre nous pourra comprendre aisément le fond du problème.

Comme tous les représentants du règne animal, nos fonctions biologiques nous obligent à nous délivrer régulièrement les intestins de toutes les substances que notre organisme ne peut assimiler. Il n’y a rien de honteux à cela, ce n’est qu’une partie de notre contribution à la bonne marche de la communauté du vivant. Il s’agit en fait d’un des aspects de ce processus de recyclage que Dame Nature, dans son immense sagesse, a conçu pour fonctionner ad vitam eternam.

Comme la valeur de cette production ne nous semble pas comparable à celle des chefs d’oeuvre de nos activités artistiques, scientifiques ou technologiques, notre tendance est de la déconsidérer et de la dévaloriser. Pour aggraver le cas, les arômes de ces substances ne provoquent aux sens de notre espèce aucun plaisir mais plutôt une forte répugnance. Il nous faut donc évacuer au plus vite et de manière radicale les résidus que notre organisme produit. Nous avons estimé que le plus simple, le plus rapide, le plus hygiènique était de le faire emporter par l’eau.

Grave erreur, de laquelle naitra d’autres difficultés que nous «résoudrons» de manière tout aussi erronée !

Les matières fécales ont pour propriété, lorsqu’elles sont immergées, de favoriser la prolifération de divers germes et bactéries, véritables prédateurs de notre espèce. En d’autres termes, nous élevons des organismes qui nous sont préjudiciables. Une difficulté à laquelle nous apportons des solutions toutes relatives, coûteuses et loin d’être satisfaisantes.

De plus, cette substance fécale se décompose difficilement dans l’eau, occupe un volume supérieur, ce qui rend son traitement non seulement plus difficile mais aussi producteur d’autres résidus dont il faudra bien s’occuper. Niant le recyclage naturel, nous avons inventé  un cercle vicieux.

Peut-être pour considérer que la chaîne alimentaire est pyramidale et que nous en sommes le sommet, croyons nous que nulle autre espèce n’est digne de recycler nos déchets. Mais la chaîne alimentaire est circulaire, et personne ne la domine, pas plus l’être humain que le lombric. L’un comme l’autre fait partie de cette nature qui a tout prévu pour que la Vie alimente la Vie. Les résidus des uns comme des autres tournent sans fin, se rencontrant, se transformant, s’associant, interagissant pour créer le foisonnement de la Vie.

La statégie de notre éco-systéme planétaire pour traiter nos excréments est radicalement différente de la «nôtre». Elle est formidablement efficace, et extrèmement bénéfique à la Vie. Tout jardinier sait que le fumier fait des miracles pour les tomates les laitues et l’ensemble des végétaux qui composent notre alimentation, pour nos paysages et nos jardins.  Un ensemble de mécanismes biologiques, chimiques, thermiques permet de reinsérer dans la chaîne du vivant ces matières organiques qui ont largement contribué, au cours des millions de millénaires, à notre apparition sur terre.

Malgré leur piètre apparence, nos étrons ont leur place dans ce processus, et en les méprisant ainsi, nous ne faisons pas preuve de reconnaissance envers la nature dont la perfection nous offre un éden perdu dans l’immensité froide, stérile et atemporelle du cosmos.

L’utilisateur de toilettes sèches, n’en déplaise à ceux  que cela ferait sourire, fait preuve d’une grande compréhension de l’ordre des choses. J’ose même dire qu’il honore la Vie plus qu’il ne la souille, contrairement à la majorité d’entre nous.

Les toilettes sèches sont aussi une solution extraordinnaire à de nombreux problèmes qui nous semblent insolubles, notamment dans les centres urbains.

Grâce au compostage (pour les sceptiques, un compostage bien fait ne crée aucune nuisance, contrairement aux fosses septiques), nous pourrions pratiquer une agriculture urbaine qui aurait le mérite d’assurer la sécurité alimentaire et de nous éviter d’ingérer des produits nocifs, tout en recyclant l’objet de notre répugnance. Mieux, nous arrêterions de gaspiller une quantité phénoménale d’eau, élément sacré aux diverses propriétés et indispensable à la Vie, dont la quantité disponible commence hélas à être insuffisante. Cette eau pourrait servir à irriguer nos plantations.

D’une pierre, nous ferions facilement trois coups, voire plus. En effet, nos villes y gagneraient aussi en nous offrant plus de bien être. Elles deviendraient des endroits beaux et agréables, pourvus de jardins, de places et de bosquets où soufflerait un air sain. Ces paysages urbains verts et vivants nous rapprocheraient de l’environnement naturel que nous n’aurions jamais dû quitter mais duquel nous nous sommes peu à peu excommuniés. Nous retrouverions ainsi les qualités fondamentales de la Vie : la diversité, l’interaction et l’équilibre.

Le travail communautaire dans ces jardins reconstruirait un tissu social bien déchiré et permettrait de développer le sens de la solidarité qui nous fait si cruellement défaut.

La production locale d’aliments aurait également l’avantage de nous épargner une utilisation abusive des combustibles brûlés pour le transport et des produits toxiques pulverisés sur les cultures industrielles.

Il serait même possible d’utiliser l’énergie thermique dégagée par le compost.

Qui eut crû qu’avec de simples merdes il est possible d’aller si loin ?

Il nous suffit de regarder comment la nature fonctionne, d’accepter le fait que nous sommes nature et que nous devons suivre ses règles qui ne sont ni contraignantes, ni dégradantes, mais simples et généreuses.

La nature a patiemment élaboré toutes les solutions, et qu’on ne s’y trompe pas, elle dispose de moyens puissants, imparables et définitifs pour contrer les déséquilibres.





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C'est dans le fumier qu'éclosent les fleurs magiques.
Jean-Claude Brialy
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